Cinéma Italien

BLACK SUNDAY

1960, c’est la sortie du “Peeping Tom” de Michael Powell, mais c’est aussi le tournage d’une œuvre qui va faire fureur dans le monde entier : “Le masque du Démon”. Mario Bava décide de passer à la mise en

par monstres_de_la_nuit@hotmail.fr
affiche  américaine

1960, c’est la sortie du “Peeping Tom” de Michael Powell, mais c’est aussi le tournage d’une œuvre qui va faire fureur dans le monde entier : “Le masque du Démon”. Mario Bava décide de passer à la mise en scène (chef opérateur) après avoir terminé les deux films précédents de Riccardo Fredda : “Les vampires” et “Caltiki le monstre immortel”. Ce dernier s’étant disputé avec les producteurs ! Mario Bava décide de continuer dans le fantastique et se penche sur un conte de Nicolas Gogol : Vij” parut en 1835. Cette histoire narre l’aventure étrange de trois étudiants : Khaliava, Khoma et Gorobets qui se perdent dans la montagne. Ils trouvent refuge dans une demeure singulière tenue par une vieille femme qui est en réalité une sorcière! Hébergés, l’un des trois, Khoma, va être confronté à une créature qui se transforme en une jolie et splendide jeune fille qui va l’ensorceler ! Durant les trois nuits, Khoma va tenter de rompre l'envoûtement non sans avoir déchaîné les forces du mal et mourir de peur tandis que la sorcière redeviendra à son état normal !De l’histoire, Mario Bava ne retient que quatre pages et demande à deux scénaristes de lui écrire un script racontant l’éveil d’une sorcière et de son éventuelle malédiction sur la famille. Le premier  écrivain est Ennio de Concini, scénariste, producteur et réalisateur  qui aux début des années 40  à travaillé comme assistant auprès de Vittorio de Sica. Le deuxième est Mario Sérandrei qui depuis 1931  est assistant réalisateur auprès de Luchino Visconti. Ensemble les deux homme réussissent à pondre un récit terrifiant où la sorcellerie et le vampirisme  sont les atouts majeurs pour une oeuvre qui deviendra une perle du cinéma fantastique transalpin.

Collection Eric escofier

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 Alors que Mario Bava possède un scénario solide, il lui manque sa vedette féminine. Il pense à engager une jeune fille brune de préférence, pour incarner le double rôle de Katia-Asia. Il se rend au studios de Cinecitta afin de consulter des fichiers et après moultes recherches, ses yeux tombent sur une photo de la Rank Organisation représentant une magnifique blonde âgée de 23 ans, mesurant 1m72 mais à la filmographie très mince. Son nom : Barbara Steele. Son visage lui est familier, car il se rappelle l’avoir vue dans un rôle assez furtif mais en brune ! Il demande une entrevue qui va se conclure par un engagement de part et d’autre. 

Le tournage du “Masque du Démon 1960 débute le 28 mars 1960 pour s’achever le 3 mais au château d’Arsoli où seront filmées les scènes intérieures et aux studios de la Titanus pour les extérieurs. Le film est produit par la Galatea-Jolly Films et sera distribué en Italie le 8 novembre 1960. Comme partenaire masculin, Barbara Steele aura l’acteur John Richardson qui débutait tout comme elle aux studios de la Rank Organisation. Par la suite on le verra au sein de la Hammer Films dans “Un million d’années avant J.C.” de Don Chaffey en 1966, “Se la déesse de feu” de Robert Day” en 1965 et “Vengeance of She” de Clifford Owens en 1968. Il fera une carrière dans le western européen : “Gringo jette ton fusil” (1966), “Johnny le bâtard” (1967), “Django prépare ton exécution” en 1968. Ici il est le jeune docteur Gorbec qui tombera amoureux de Barbara Steele et la sauve de l’emprise de la sorcière Asa.   Un troisième acteur non négligeable et dont la présence est capitale : Arturo Dominici incarnant le Prince Yavutich condamné tout comme Asa pour acte de sorcellerie Sa silhouette mince, son profil d’aigle et son visa souvent grimé  par une barbe pointue l'amènent à jouer des rôles de vilains, notamment dans le péplum. Dans le genre fantastique, il est au générique de “Caltiki le monstre immortel” de R. Freda. 

Collection Eric escofier


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Au début du tournage, Barbara Steele et Arturo Dominici devaient porter des dents longues mais le trucage passa très mal et au cours d’une séquence, le concept fut abandonné ! Cependant une innovation dans le domaine de la destruction d’un vampire : l’ail, la lumière et le pieu en plein cœur sont bannis du scénario pour laisser place à un stylet  que l’on enfonce dans l'œil afin de détruire les forces du mal ! Mario Bava se chargera de la section des trucages de la séquence finale! Il utilise le nouveau procédé de Karl Struss rôdé sur les “Vampires” de Freda pour la transformation du visage de Barbara Steele ! La bande son joue un rôle prépondérant dans l’intrigue du film. Bava engage le compositeur Roberto Nicolosi qui après avoir été dentiste, jouait dans une formation de jazz comme contrebassiste. Il délaissera sa profession pour démarrer une carrière de compositeur. Il sera reconnu dans la musique pour avoir composé les bandes sonores des films de Bava  “Caltiki le monstre immortel”, “Le masque du démon”, “La rue des vikings”, “La fille qui en savait trop”, “Les trois visages de la peur”. Pour la version américaine du “Masque du Démon” qui fut distribué par l’American Internation Pictures, c’est le légendaire Les Baxter, compositeur attitré de Roger Corman qui sera à la baguette. Roberto Nicolosi écrit une partition nous rappelant par moments les musiques légendaires du compositeur Hans J. Salter, avec des thèmes romantiques, lors des scènes entre Barbara Steele et John Richardson.

Pour en revenir à Barbara Steele qui va éblouir le tout public avec sa double composition aux caractères diamétralement opposés ! Elle est à la fois Asa, cette sorcière au corps en putréfaction qui va renaître afin d’assouvir ses noirs dessins et Katia, cette belle jeune brune prise dans une malédiction ancestrale ! Ce double rôle est mis en exergue dès le début du film où Asa le visage émacié portant les stigmates du mal invoque les forces maléfiques avant que le masque du démon pénètre dans la chair de son visage ! 

Collection Eric escofier

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                                                            Focus sur Barbara Steele

Me voici Pia Ascoli en Italie au mois de Mars 1981, où un festival du film italien fantastique est organisé par la municipalité ayant comme invités : Barbara Steele et Walter Brandit, une autre figure du film gothique d’épouvante dans lequel je reviendrai prochainement ! C’est là que j’ai rendez vous avec la divine Barbara dont depuis la projection de ce “Masque du démon” j’en étais tombé amoureux ! La voici qu’elle arrive à dix heures du matin à la terrasse couverte  de l’hôtel. Un léger vent froid, un soleil pâle entouré par des nuages, annonçaient une matinée hivernale ! Autour d’un chocolat fumant accompagné par des brioches, la conversation prit rapidement ! Ma chère Barbara semblait contente et ravie de cette semaine du cinéma fantastique et bien entendu ma conversation débuta sur le tournage du “Masque du démon” ! 

“Je n’ai jamais su pourquoi il m’avait choisie ! Je me souviens que ma première scène fut d’embrasser un garçon (John Richardson) que je ne connaissais pas ! Chaque jour, je recevais mon planning accompagné des dialogues. J’ai beaucoup apprécié la gentillesse de Mario Bava. C’était un homme très réservé. Il avait un goût pour le sens du cadrage et de l’emploi de la lumière. Personnage timide et extrêmement courtois avec les acteurs, il se souciait beaucoup plus des prises de vues que du texte. Je me suis retrouvé avec une troupe italienne généreuse, enthousiaste, une ambiance que je ne connaissais pas. Lorsque nous étions en pause, nous allions nous sustenter au restaurant où les pâtes et le vin coulaient à flots.. Durant ce laps de temps, Mario Bava retrait aux studios,  travaillant sur les futurs plans tout en donnant à manger à son chien Maya. Pour la séquence finale du bûcher, l’ourlet de ma robe prit feu ce qui sema la panique parmi les comédiens et figurants qui m’enlevèrent du brasier!”.

eric escofier

bande annonce française


                      

bande annonce américaine

                             

extrait du film


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