L'effroyable secret du Professeur Hichcock
D’une extrême popularité dans le domaine du cinéma italie, Riccardo Freda (24 Janvier 1909 - 20 Décembre 1999), a excellé dans tous les domaines de la série B que ce soit dans le péplum, le film de cape et d’épée, le polar.

D’une extrême popularité dans le domaine du cinéma italie, Riccardo Freda (24 Janvier 1909 - 20 Décembre 1999), a excellé dans tous les domaines de la série B que ce soit dans le péplum, le film de cape et d’épée, le polar. Sa notoriété grandit lorsqu'il aborde le cinéma fantastique notamment avec “Les Vampires” en 1957, premier film du cinéma d’épouvante italien, mettant à l’affiche la somptueuse Gian Maria Canale qui était son épouse. Connu pour son sale caractère, il se dispute avec les producteurs, laissant le soin de finir le film à Mario Bava, son chef opérateur. On écrira par la suite, que Mario Bava assura la presque totalité du film ! Rebelote avec “Caltiki le monstre immortel” qu'il réalise en 1959 et sera achevé par son directeur des effets spéciaux : Mario Bava. Cinq ans après, Freda revient au genre en mettant en scène “L'horrible secret du Professeur Hichcock”, distribué aux U.S.A sous titre de Raptus. Produit par la Panda Films, pour le producteur Louis Mann, le scénario sera écrit par Ernesto Gastaldi qui se fera un nom dans le cinéma d’épouvante transalpin : “L'amante del vampiro”, “Le monstre aux filles”, “La vierge de Nuremberg, “La sorcière sanglante”, “Les nuits de l’épouvante”, “Le corps et le fouet”...

Pour l’effroyable secret du professeur Hichcock, Gastaldi utilise comme outil, un élément peu exploité dans le domaine du fantastique : “La nécrophilie pratiquée par le professeur ! Véritable sommité, il a mis au point un anesthésique capable de ralentir le rythme cardiaque durant une opération ! Mais alors qu’aux yeux de tous, il est un homme respectable, il cache son goût immodéré pour les jeunes filles en salle d’autopsie! En effet, son appétit morbide ne s’arrête pas à la seule contemplation et va jusqu’à l’accomplissement d’un acte sexuel ! Ce désir assez original va s’étendre beaucoup plus loin, jusqu’avec son épouse Margareth qui va devenir sa complice dans une relation sexuelle macabre ! En effet Hichcock injecte son anesthésique afin de lui donner l’apparence de la mort, jusqu’au jour, où le professeur se trompe dans le dosage de la drogue, provoquant ainsi la mort de sa femme ! Dévasté par le chagrin, Hichcock quitte la maison pour y revenir dix après avec sa nouvelle épouse : Cynthia.

Tel est le point de départ de ce film fantastique auquel Riccardo Freda va donner la part belle à Barbara Steele.Cette dernière âgée de 26 ans a ébloui le public transalpin avec “Le masque du démon” de Mario Bava en 1960. En 1962, elle tourne aux Etats Unis sous la direction de Roger Corman : “Le puits et le pendule” avec Vincent Price. Pour “L'effroyable secret du professeur Hichcock, Barbara Steele joue avec ses yeux (c’est ce qui avait ébloui Riccardo Freda) qui exprime la peur, la panique et la terreur ! La voici en belle et innocente mariée et propulsée dans une villa austère, lugubre et totalement isolée par un mur où les voitures n’ont aucun accès ! Véritable prison aux pièces surchargées d’objets, Barbara Steele va connaître à travers les éléments qui se déchaînent : pluie, orage, éclairs, des moments d’angoisse extrême ! Tout d’abord c’est cette silhouette qui erre dans le jardin, des cris provenants d’une pièce, des pas résonnants dans les couloirs et puis la découverte de ce passage secret menant à une crypte où repose le cercueil de Margareth ! La tension monte progressivement jusqu’au final où notre Barbara Steele se trouve confrontée face à la démence de son mari qui la pend par les pieds afin de se servir de son sang pour redonner la beauté à Margareth, fausse morte, devenue hideuse !

Pour incarner le professeur Hichcock,la Panda pense à engager un acteur anglais, totalement inconnu du monde du cinéma fantastique : Robert Flemyng. Né Benjamin Arthur Flemyng (3 janvier 1912 à Liverpool, - 22 Mai 1999 à Londres). Il débute au théâtre avant de commencer une carrière cinématographique en 1948 avec “Guinea Pig” de Roy Boulting. Il se spécialise dans les films d’espionnage comme “: Alerte en Extrême Orient” de Ronald Neame en 1957 ou “Le secret du rapport Quiller” de Ronald Neame en 1966. On le voit à l’affiche du film “La bataille d’Angleterre” de Guy Hamilton en 1969. Mais il se fera une notoriété en jouant auprès de Fred Astaire et d’Audrey Hepburn dans la comédie : “Drôle de frimousse” de Stanley Donen en 1957. Lorsqu’il recevra le scénario d’Ernesto Gastaldi, il éclate de rire, croyant avoir eu affaire à une plaisanterie ! Pourtant et on ne sait comment, il finit par accepter le rôle. Il refuse de tourner la séquence où il doit assouvir son désir sexuel dans une chambre mortuaire, mais Freda se montrera persuasif ! Par la suite, il demande à Freda à ce que son nom ne soit pas mentionné au générique parce que son personnage était nécrophile, mais par la suite, il reviendra sur sa décision. Au final, on ne peut qu’apprécier sa prestation d’un docteur psychorigide, un mari tyrannique et froid, qui voit ses penchants morbides ranimés par l’arrivée d’une jeune fille à la morgue ! Là, Robert Flemyng joue avec l’expression de son visage devant ce corps sans vie ne sachant s’il faut ou pas renouer avec cette nécrophilie dévorante ! L’arrivée d’un médecin de garde mettra un terme à sa pulsion sexuelle névrotique !

On retrouve dans le scénario de Gastaldi, un personnage dont la présence est importante dans le bon déroulement de l’histoire : la gouvernante Martha incarnée par Harriet White . De son vrai nom Harriet White Médin ( 14 Mai 1914 - 20 Mai 2005), elle se spécialise dans le fantastique : “Le spectre du professeur Hichcock”, “Le corps et le fouet”, “Six femmes pour l’assassin”, “Les nuits de l’épouvante, “La course à la mort de l’an 2000”. Son personnage de gouvernante dévouée envers son maître et vouant une froideur terrifiante envers la nouvelle épouse nous rappelant Judith Anderson, la Mrs Danvers de “Rebecca” d’Alfred Hitchcock en 1940. Quant au verre de lait empoisonné, il ouvre la référence à “Notoriousoù Claude Rains tente de supprimer Ingrid Bergman.

Véritable huis clos, l'effroyable secret du professeur hichcock restera une pièce maîtresse dans la filmographie de Riccardo Freda. Tourné à Rome en deux semaines au numéro 21 de la rue Via Paolo Rubens. Lors d’une entrevue avec Barbara Steele, elle me fit part de de ses journées de tournages très chargées : “Nous travaillons 18 heures par jour, nous gavant de café et d’anisette. Riccardo Freda était reconnu pour ses coups de gueules, mais je dois dire que c’était un homme merveilleux ! Je l'adorais. Je me souviens qu’il fumait d’énormes cigares et conduisait une Bentley!” Il vivait à Rome entouré de chevaux de course et habitait un faux château construit avec des briques et des blocs de roches éruptives”.

Le scénario de Gastaldi a des relents des ambiances propices aux films de Roger Corman ; crypte, enterrement prématuré, personnage souffrant de troubles psychiques, fausse morte. La photographie de Raffaele Masciocchi avec ses couleurs vives rappellent celles de la Hammer Film tandis que la musique signée Roman Vlad accentuée par ses mélopées languissantes renforce l’ambiance malsaine et claustrophobique du film !

“L’effroyable secret du professeur Hichcock sort en Italie le 30 Juin 1962 avec une interdiction de moins de 18 ans alors qu’en France il ne sera distribué que deux ans plus tard. Pour la version française, c’est Mireille Darc qui double Barbara Steele. Freda signe son film sous le pseudonyme de Robert Hampton tout comme ses confrères : Mario Bava, Antonio Marghariti ou Giorgio Ferroni.
ERIC ESCOFIER
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