LE FILS DE DRACULA
Tout comme pour le baron Frankenstein qui eut trois enfants adaptés chacun dans différentes aventures, les studios Universal produisent en cette année 1943 “Le fils de Dracula” qui restera le meilleur film d’horreur de cette décade. Le scénario va être écrit par Eric Taylor d’après une histoire de Curt Siodmak. Eric Taylor est connu pour avoir écrit les scénarios de “Black Friday” avec Boris Karloff, “The Black Cat” avec le duo Karloff-Lugosi (1935), “Le Spectre de Frankenstein” (1942), “Le Fantôme de l’Opéra” (1944). La réalisation sera confiée à Robert Siodmak, connu pour s’être ...

En cette année 1943, Henri G. Clouzot attire les foules avec “Le corbeau” avec Pierre Fresnay qui, la même année, sera la vedette dans le film de Jacques Tourneur “La main du diable”. Fernand Ledoux, associé à Blanchette Brunoy, sont les héros du film de Jacques Becker “Goupi Mains Rouges” tandis que Jean Marais est à l’affiche de “L’Éternel Retour” de Jean Delannoy. Michel Simon entreprend une lutte perdue d’avance contre l’éclosion des grands magasins avec ce mélodrame réalisé par André Cayatte : “Au bonheur des dames”. Côté américain, Alfred Hitchcock nous projette dans un polar bien ficelé : “L’ombre d’un doute” avec Joseph Cotten. Gary Cooper et Ingrid Bergman étincellent dans le film de Sam Wood : “Pour qui sonne le glas”. La toute jeune Elizabeth Taylor dans une comédie légère : “La fidèle Lassie” de Fred W. Wilcox. Le fantastique sera à l’honneur avec “Le ciel peut attendre” d’Ernst Lubitsch, “Vaudou” et “L’homme Léopard” de Jacques Tourneur . Une version colorisée du “Fantôme de l’Opéra” d’Arthur Lubin avec Claude Rains, le monstre de Frankenstein affrontera le Loup-Garou dans le très beau film de Roy William Neill. Quant à l’Italie, une nouvelle version du “Facteur sonne toujours deux fois” avec “Les amants diaboliques” de Luchino Visconti avec Massimo Girotti.
Tout comme pour le baron Frankenstein qui eut trois enfants adaptés chacun dans différentes aventures, les studios Universal produisent en cette année 1943 “Le fils de Dracula” qui restera le meilleur film d’horreur de cette décade. Le scénario va être écrit par Eric Taylor d’après une histoire de Curt Siodmak. Eric Taylor est connu pour avoir écrit les scénarios de “Black Friday” avec Boris Karloff, “The Black Cat” avec le duo Karloff-Lugosi (1935), “Le Spectre de Frankenstein” (1942), “Le Fantôme de l’Opéra” (1944). La réalisation sera confiée à Robert Siodmak, connu pour s’être spécialisé dans le film noir. Né d’une famille polonaise juive (8 août 1900 - 10 mai 1973), il a travaillé comme banquier avant de devenir scénariste pour le réalisateur Curtis Bernhardt en 1925.
trailer americain
“Le fils de Dracula” va clore ce triptyque sur la lignée du célèbre vampire, bien que ce dernier, prénommé “Alucard” (anagramme de “Dracula”) ne fasse aucunement partie de la famille du célèbre comte. En effet, n’oublions pas que dans “La fille de Dracula”, la comtesse Zalenska avoue être la dernière descendante de la famille Dracula. Le scénario écrit par Eric Taylor est innovateur avec tout d’abord l’action du film transposée en Louisiane, délaissant ainsi les forêts brumeuses de la Transylvanie. Le décor est planté et nous voici dans les marécages mystérieux qui peuplent la contrée du Bayou où se trouve le manoir Dark Oakes. Alors que le film est sur le point d’être tourné, l’Universal n’a pas encore choisi qui va incarner ce fameux “fils de Dracula”. Bela Lugosi, qui avait eu vent de la mise en route de l’œuvre, pense qu’il va en être la vedette, mais pour des raisons inconnues, l’Universal misera par la suite son choix sur la star du film d’horreur en vogue : Lon Chaney Jr., qui venait de s’illustrer en loup-garou dans “The Wolfman” (1940) de G. Waggner, la momie Kharis dans “La Tombe de la momie” de Harold Young en 1942 et en monstre de Frankenstein dans “Le Spectre de Frankenstein” d’Erle C. Kenton (1942). Pour pallier la déception de Bela Lugosi, ce dernier se verra orienté vers la Columbia afin d’y incarner le vampire Armand Tesla dans “Le retour du vampire” de L. Friendler. Le film est produit par Ford Beebe et également coréalisateur non crédité. Scénariste, producteur et réalisateur américain (26 novembre 1888 - 26 novembre 1978), il a débuté comme scénariste en 1920 et est passé à la réalisation en 1922. Dans le fantastique, il réalisera “Night Monster” en 1942 avec Bela Lugosi, “La vengeance de l’homme invisible” (1944 avec John Hall. Il mettra en scène des serials comme : “The Phantom Creeps”, “Buck Rogers”, “Flash Gordon à la conquête de l’Univers”. “Le fils de Dracula”.







Affublé d’une fine moustache, le visage légèrement bouffi (on connaissait son penchant pour la bouteille…), Lon Chaney Jr. campe un vampire honorable, possédant une force incroyable et apparaissant et disparaissant par le biais d’une fumée ! L’œuvre est supérieure aux deux opus précédents par l’emploi des effets spéciaux : le générique dans lequel deux mains velues écartent une toile d’araignée, le cercueil du vampire flottant sur l’eau boueuse des marais tandis qu’une fumée s’échappe du couvercle pour laisser se matérialiser la silhouette du comte Alucard ! Les transformations d’homme en chauve-souris montrées pour la première fois dans l’histoire du vampirisme au cinéma, tout cela par la magie du spécialiste : John P. Fulton. La partition musicale d’Hans J. Salter contribue énormément à l’atmosphère du film. Compositeur américain né à Vienne (14 janvier 1896 - 23 juillet 1994) il compose sa première partition en 1930 pour le film de Jean Tarride : “L’homme qui assassina”. En 1939, il travaille pour Universal en signant la partition musicale du film de Rowland V. Lee : “La tour de Londres”. Par la suite, il s’illustrera dans le fantastique avec : “Le retour de l’homme invisible” (1940), “La main de la momie” (1940), “L’échappé de la chaise électrique” (1941), “Horror Island” (1941), “Le chat noir” (1941), “Le loup-garou” (1941), “Le spectre de Frankenstein” (1942),
photo collection eric escofier
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“Frankenstein contre le loup-garou” (1943), “La maison de Frankenstein” (1944), “L’étrange créature du lac noir” (1954) “Les survivants de l’infini” (1956), “La créature est parmi nous” (1956), “L’homme qui rétrécit” (1956), “La femme sangsue” (1960) pour les plus connus.
Le professeur Van Helsing effacé dans le scénario est représenté ici par le professeur Lazlo, faisant autorité dans l’histoire du vampirisme et qui découvrira la véritable identité du comte Alucard. C’est l’acteur Edward Bromberg (25 décembre 1903 - 6 décembre 1951) connu pour son physique grassouillet qui lui permettra de jouer des personnages atypiques : Luis Quintero dans “La Marque de Zorro” de Rouben Mamoulian en 1940, Karl Heiner, membre de la Gestapo, dans “L’Agent invisible contre la Gestapo” d’Edwin L. Marin (1942), Amirot le régisseur dans “Le Fantôme de l’opéra” d’Arthur Lubin en 1944. Son interprétation de chasseur de vampires est fort acceptable dans cette intrigue où le fantastique et le polar fleurent dans ce monde de ténèbres et de non-morts ! La femme fatale, attirée par l’occultisme, sera incarnée par Louise Albritton (30 juillet 1920 - 16 février 1979) qui venait de décrocher un contrat chez Universal après avoir joué dans un premier film : “Pittsburgh” en 1942 avec Marlene Dietrich et John Wayne. “Le fils de Dracula” sera son deuxième film où elle joue cette épouse fataliste qui, éblouie par la vie éternelle, acceptera face à celui qu’elle aime d’accéder à l’immortalité ! Par la suite, son plus grand succès cinématographique sera lorsqu’elle tournera “San Diego, je t’aime” de Réginald Leborg en 1944 avec John Hall. Dans le rôle de l’amoureux transi, accusé du meurtre de sa fiancée qui n’est pas morte, c’est Robert Paige (2 décembre 1911 - 21 décembre 1987) qui apparaîtra sur les écrans sous le pseudo de David Carlyle, qu’il changera en Robert Paige en 1938 lorsqu’il travaillera pour la Columbia. Un autre film fantastique pour la Paramount en 1941 de Stuart Heisler avant de jouer dans des comédies musicales aux côtés de Bob Hope et d’Abbott et Costello.
La séquence du spectateur
“Le fils de Dracula” restera un film accrocheur, bourré de rebondissements, d’un final magistral, desservi par des acteurs jouant avec conviction. C’est bien dommage que Robert Siodmak ne signa qu’un seul film dans le genre, car il avait toutes les qualités requises pour évoluer dans l’univers du fantastique.
ERIC ESCOFIER
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