Cinéma Italien

BLACK SABBATH

En 1945, Alberto Calvanti associé à Basil Dearden, Robert Hammer et Charles Crichton, mettait en scène l’inquiétant “Death of Night” un film à sketches qui va influencer toute une génération de cinéastes. A l’orée des années 60, Roger Corman...

par monstres_de_la_nuit@hotmail.fr
Les Trois Visages De La Peur

En 1945, Alberto Calvanti associé à Basil Dearden, Robert Hammer et Charles Crichton, mettait en scène l’inquiétant “Death of Night” un film à sketches qui va influencer toute une génération de cinéastes. A l’orée des années 60, Roger Corman adapte avec “L’empire de la terreur” (1963) trois histoires fantastiques d’après les contes d’E. A. Poe, de même que le “Trio de la terreur” de Sidney Salkow (1963) s'inspirent des nouvelles de Nathaniel Hawthorne.

Mario Bava qui venait de réaliser “Le corps et le fouet” avec C. Lee, décide de mettre en scène trois histoires écrites par Tolstoï, Tchékhov et F.G. Snyder sous le titre des “3 visages de la peur” distribué aux U.S.A sous le titre de “Black sabbath”, un véritable triptyque basé sur la terreur pure, l’angoisse et le surnaturel ! Mario Bava participe à l’élaboration du scénario en collaborant avec deux autres personnages : Alberto Bevilacqua poète, romancier, cinéaste et écrivain, il est l’auteur du scénario de “Monstre au masque” d’Antonio Guiglui Maja en 1960. Il écrira par la suite le scénario de “La planète des vampires” en 1965 pour Mario Bava. Le deuxième écrivain est Marcello Fondato qui sera par la suite le scénariste de “6 femmes pour l'assassin” de Bava en 1966. Pour ce qui est de l’équipe technique, Bava reprend son ancien chef opérateur Ubaldo Terzano, Mario Serandrei comme chef monteur et Roberto Nicolosi à la baguette. 

bande annonce française


Pour ouvrir ce triptyque, Bava pense à engager Boris Karloff car il se souvient l’avoir vu présenter la série télévisée “Thriller”. L’acteur va donc être le maître de cérémonie de ces trois histoires où l’indicible peur devient incontrôlable. “Je vous prie, mesdames et messieurs, entrez, j’ai quelque chose à vous dire. Vous me reconnaissez, je suis Boris Karloff ! On m’a demandé de vous présenter trois sketches ayant pour sujet la terreur et le surnaturel. J’espère que vous n’êtes pas venu au cinéma seul ! Comme vous, vous vous rendrez compte que durant cette séance, les esprits des morts et des vampires seront présents partout ! Peut-être qu’en ce moment, un esprit est à côté de vous ! Les esprits aiment aller au cinéma, bien sûr, quand aux vampires, leur apparence est normale et ils sont comme vous, seulement ils ont la particularité de boire le sang, spécialement le sang des êtres qu’ils aiment ! Mais je bavarde, je bavarde, passons sans plus attendre au premier sketch!”

Collection Eric Escofier


Collection Eric escofier

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Le film va être produit par Galatéa Films (“Le masque du Démon) associé à la Lyre Film pour Paris et London Film Altavista Production. La première histoire intitulée “Le téléphone” est inspirée d’un récit écrit par F.G. Snyder et balance entre le giallo et le registre hitchcockien. Une sulfureuse call girl, Rosy (Michèle Mercier) est terrorisée par des appels téléphoniques la menaçant d'une mort imminente ! On apprendra par la suite que ces coups de fils anonymes sont perpétrés par Mary (Lydia Alfonsi), son ancienne amie. Mais ces menaces vont coïncider avec l’évasion de Frank Reiner, l’ancien souteneur de Rosy…

Véritable huis clos, ce premier opus nous permet d’admirer la beauté sculpturale de Michèle Mercier âgée de 24 ans. La diva niçoise nous éblouit de son apparat de jeune prostituée épouvantée par les sonneries répétitives de son téléphone la faisant sombrer dans une angoisse grandissante. Le mélodrame de cette histoire va se passer le temps d’ une nuit dans un petit studio où Rosy fait appel à son ex petite amie, Mary dont on découvrira une relation ambigüe… Beauté vénéneuse, Lydia Alfonsi  (28.avril 1928 - 21 septembre 2022) fit les beaux jours du péplum avec “Les travaux d’Hercule”, “Les amours d’Hercule”, “La guerre de Troie”. Après avoir travaillé pour le théâtre, la télévision et la radio durant de nombreuses années, elle accède au cinéma en 1950 dans le film de Sténo : “Une vie de chien”. Jouant dans tous les genres cinématographiques de la grande époque de la série B, sa carrière stoppera en 1977 avec le film “La vie est belle” de Roberto Begnini. “Le téléphone” ouvrira la porte au genre du giallo dont Bava en sera le fondateur avec sa pièce maîtresse : “6 femmes pour l’assassin”.  Ici ce premier sketch est de bonne facture et tourne autour d’un jeu cruel perpétré par une femme  à la jalousie destructrice. Mary a été blessée, humiliée par la préférence de Rosy  pour les hommes et elle va être l'instigatrice  de ces coups de fils anonymes sans se douter que son plan  diabolique qui consiste à faire revenir Rosy dans cette amitié “particulière” s’achèvera par sa propre mort !

Collection Eric Escofier

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Dans la deuxième histoire (la plus longue), on revient au mode gothique  grâce à ce conté imaginé par Alexis Tolstoï “La famille des Wurdalaks” qui va s’intituler ici “Les Wurdalaks”, une forme de vampire se nourrissant des êtres qui lui sont chers ! Le rôle principal de ce deuxième opus est confié à Boris Karloff, dans la peau de Gorca parti dans une contrée enneigée et froide de l’Europe de l’Est afin de tuer un redoutable blandit prénommé Alibek. Le choix de Boris Karloff ne pouvait être que judicieux. Il nous est représenté comme un patriarche dirigeant  d’une main de fer le domaine familial. La tignasse grisonnante, la moustache blanche, Karloff joue la carte de l’horreur en incarnant un chasseur de vampires revenant après cinq jours d’absence. On retrouve Mario Bava  dans le fantastique traditionnel, là où il est le plus à l’aise, nous montrant l’arrivée d’un non-mort titubant lors d’une nuit d’hiver balayée  par un vent glacial, tandis que son chien hurle à la mort ! On ne peut que se réjouir  en retrouvant notre cher Karloff le visage livide, venu se délecter du sang de ses proches car il est devenu un “Wurdalak”. Ce deuxième segment est appréciable par son retour au vampirisme qui a des relents avec “Le masque du démon” avec son folklore gothique ! Karloff magnifique en monstre sanguinaire décime toute sa famille où tout au milieu de cette tragédie humaine se trame une histoire d’amour entre un jeune étranger, le Prince Vladimir Urfé campé par Mark Damon (22 avril 1933 - 12 mai 2024, ce dernier donnait la réplique à Vincent Price en 1960 dans  “La chute de la maison Usher” de Roger Corman) et la primesautière  Suzy Andersen alias Sdenka  de son vrai nom Antonietta Goldi (15 janvier 1923 - 10 mars 2005) qui fit les beaux jours du magazine italien “Tempo”.  Mais cette romance finira tristement car Gorka vampirisera sa propre fille qui entraînera avec elle, son amoureux dans une vie éternelle !

PHOTO FRANCAISE
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La dernière histoire, la plus macabre d'ailleurs, s'inspire d’un conte de Tchékhov “La goutte d’eau” dont la trame nous fait penser aux contes d'Edgar Poe. Une infirmière Hélène Chester est appelée afin de faire la toilette à une morte. Cette dernière porte à son doigt une fort jolie bague qui va être dérobée par la soignante. Mais celle-ci ignore que la vieille femme pratiquait l’occultisme. Dans une vaste demeure bardée d’armures où règne un invraisemblable bric-à brac de poupées cassées et de chats pleurant la mort de leur maîtresse, les forces maléfiques vont se déchaîner ! Tout doucement Mario Bava nous prend par la main afin de nous faire percevoir l’univers de la terreur où notre subconscient va se retrouver face au bourdonnement d’une mouche, d’un verre renversé qui s’égoutte dans le calme morbide de la demeure! Le larcin commis, l’infirmière sera punie par les forces occultes déchaînées par le biais de la défunte. La peur grandissante va s’instaurer dans le logis de la soignante. Alors qu’un orage gronde au dehors, le bourdonnement de la mouche et le goutte à goutte d’un robinet mal fermé perceront le silence de la pièce ! Puis c’est le grincement d’une porte, la panne générale d'électricité et l’apparition du cadavre de la morte couchée sur le lit ou sur un rocking chair ! A savoir que le corps de la morte était une poupée de cire fabriquée par le père de Mario Bava ! L’épouvante  est palpable dans la séquence finale où le cadavre se relève, les bras tendus vers l’infirmière! Le rôle d’Hélène Chester est campé par l’actrice française Jacqueline Pierreux  (15 janvier 1923 - 10 mars 2005) actrice et productrice mariée à l’acteur Jean Pierre Léaud. 

Collection eric escofier

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Comme “Le téléphone”, la “goutte d’eau” est filmée en intérieurs et Mario Bava s’amuse à jouer avec les nerfs du spectateur en se servant comme apparats des jeux d’ombres, des bruits sinistres et du faciès horrible de la défunte ! Les couleurs y sont pour beaucoup, Ubaldo Terzano déployant dans tout le film, un amalgame de teintes flamboyantes. Le final assez inattendu nous montre l’envers du décor : Boris Karloff assis sur un cheval à bascule entouré de techniciens s'affairent à reproduire l’effet du vent qui agitent les arbres ! Cette conclusion nous amène à penser que tout ce que nous avons vu n’est qu’illusion, mais parfois il existe quelques certitudes…

extrait du film

durant les années 70, la compagnie Film Office édite deux bobines de 120 mètres sonores "Les Wurdalaks" et "La goutte d'eau"


                                                   eric escofier





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