Cinéma Italien

LE MANOIR MAUDIT

Pour autant que je me souvienne, je suis resté des minutes entières à contempler la magnifique affiche française de ce "Manoir maudit" qui avait fait les beaux jours des salles de quartiers parisiennes. C'est dans cette ville, par un froid et pluvieux après midi....

par monstres_de_la_nuit@hotmail.fr
Le Manoir Maudit

Pour autant que je me souvienne, je suis resté des minutes entières à contempler la magnifique affiche française de ce "Manoir maudit" qui avait fait les beaux jours des salles de quartiers parisiennes. C'est dans cette ville, par un après-midi froid et pluvieux du mois de mars 1975, que je découvris pour la première fois ce film assez bizarre, mais tout de même inquiétant ! C'est au cinéma le Colorado, temple mythique de la série B qu'il était diffusé en double programme avec "La revanche de Frankenstein" . À peine fus-je introduit dans cette salle par une ouvreuse au faciès de sorcière médiévale, que le monde extérieur avait cessé d'exister.

Il est vrai que durant la projection, je me retrouvais face à une œuvre singulière dotée d'un scénario pour le moins original écrit par le réalisateur lui-même ! Si on s'intéresse à sa carrière, Antonio Boccaci alias Anthony Kristie, son "Manoir maudit" distribué sous le titre de "Metempschose", restera son unique film en tant que metteur en scène. On verra son nom crédité en tant que scénariste pour deux films : "La révolte des mercenaires" de Piero Costa avec Virginia Mayo et Conrado San Martin en 1961 et "Furie au Missouri" en 1967 d'Alfonso Brescia avec Peter Lee Lawrence et Rosalba Neri.

trailer Italien

Boccaci a écrit aussi des romans de terreur durant les années 1950. Pour le "Manoir maudit", Bocacci s'associe avec Giorgio Simonelli pour écrire le scénario. Né le 23 novembre 1901 à Rome ( décédé le 3 octobre 1966), Simonelli débuta d'abord comme critique dans un périodique. Il passera à la mise en scène en 1934 avec "Mélodrae". C'est dans la comédie italienne qu'il va exceller en employant l'acteur Ugo Tognazzi pour "Un dollaro di fifa" en 1960 et "Sacrées Romaines" la même année. Il emploiera aussi les deux comiques italiens Franco Franchi et Ciccio Ingrassia dans des parodies comme : "Due mafiosi contre Goldfinger" en 1965.

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Les deux hommes vont pondre une histoire assez sombre dont l'action se passe dans un château lugubre abritant une chambre de tortures qui sera le point d'orgue du film. À l'arrivée, le fil va s'avérer mineur, bien que son originalité soit de bannir les sujets récurrents comme les sorcières, vampires employées depuis les années 60 dans les films fantastiques transalpins. Ici l'horreur s'oriente vers un château maudit, une créature qui hante une chambre de tortures, une jeune fille ressemblant comme deux gouttes d'eau à une princesse disparue tragiquement. Malgré un début prometteur et un démarrage sur les chapeaux de roues, avec ces deux jeunes filles qui commettent l'imprudence de s'aventurer dans le château et de se voir attaquer par une créature difforme, le film va s'enliser dans d'interminables bavardages. Seuls points intéressants : les cauchemars de l'héroïne se retrouvant dans la salle des horreurs face à une armure moyenâgeuse qui s'articule, une goule émergeant d'un cercueil et bien sûr l'horrible monstre, hôte des souterrains de la demeure. N'oublions pas le final (le meilleur moment du film) où le rideau tombe, dévoilant ainsi le mystère de ce château maudit.

La séquence du spectateur


Antonio Bocacci n'a certes pas la pointure d'un Mario Bava ou d'un Ricardo Freda, pourtant son "Manoir maudit" qui parut par la suite dans un "fumetti" transalpin réservé aux adultes, a eu le mérite d'être attachant quelque part, avec sa photographie en noir et blanc et son ambiance macabre lors de quelques scènes oniriques. Film bizarre, film de série ou de série Z, le "Manoir maudit" a séduit toute une pléiade de cinéphiles qui ont jugé l'œuvre comme un classique du cinéma italien avec sa cohorte de clichés : passages secrets, squelettes encapuchonnés et créature difforme. Pour cette dernière, d'après certaines sources, Bocacci aurait incarné lui-même ce Quasimodo prénommé Hugo, l'ex-majordome contrefait et défiguré à coups de bâtons assénés par l'assassin de sa maîtresse.

photo collection eric escofier

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Pour le casting, les acteurs sont peu connus et leurs filmographies s'avèrent assez restreintes. Annie Alberti qui incarne le double rôle d'Anna et de la comtesse Irène est aux génériques de : "Le retour de Robin des Bois" (1960) de Pino Mercanti avec Lex Barker, " La terreur des mers" (1961) de Domenico Paollela avec Don Megowan, "Le rebelle de Castel Monte (1964) de Ventunnio de Angelis avec Gerard Landry, qui sera sa dernière apparition à l'écran. Mario Mariani qui joue le rôle du jeune reporter Georges Dickson fut à la fois acteur et producteur. Spécialisé dans les films de la série B, il inscrira son nom dans divers genre : le péplum : "Hercule, Samson, Ulysse" de Pietro Francisci, le western européen : "7 winchesters pour un massacre" , "Je vais, je tire et je reviens", tous deux signés par E. G. Castellari, le film d'épouvante : "L'orgie des vampires" de Renato Polselli.

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"Le manoir maudit" n'engrangea que des revenus modestes en Italie. Aux États-Unis, il sortira en double programme avec "Des filles pour un vampire" de Piero Rignoli.

ERIC ESCOFIER



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