L'ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR
C’était bien une crise qui commençait à s’abattre sur les salles de cinéma durant la fin de l’année 1948. La télévision américaine devenait une potentielle rivale du cinéma hollywoodien. Des statistiques démontrent que les ⅔ du public désertent les salles afin de rentrer chez eux, bloqués devant leurs écrans de télés!

C’était bien une crise qui commençait à s’abattre sur les salles de cinéma durant la fin de l’année 1948. La télévision américaine devenait une potentielle rivale du cinéma hollywoodien. Des statistiques démontrent que les ⅔ du public désertent les salles afin de rentrer chez eux, bloqués devant leurs écrans de télés!
Il fallait trouver un procédé visuel afin de ramener le spectateur dans les salles obscures. Un homme, un certain Arch Oboler, réalisateur et producteur indépendant, achète en 1952 le brevet “Polaroïd” (procédé Lang) afin de tourner des films en relief. Après un essai peu encourageant, il achète la technique des frères Gunsbug baptisé “Natural Vision” et il réalise son premier film en 3D (trois dimensions” : “Bwana Devil” en couleurs qui raconte l’histoire d’une périlleuse construction d’une voie ferrée en territoire africain avec en vedette Robert Stack. Lors du tournage, les frères Gunsburg présents, construisent une plate-forme avec deux caméras Mitchell”. Procédé peu pratique, Oboler devait tourner avec une caméra pour chaque œil, demandant ainsi une coordination minutieuse. Le laboratoire tirait deux copies séparées que le projectionniste passait sur deux appareils différents tout en faisant démarrer les deux copies sur la même image sinon l’effet du réel était alors raté !
trailer americain
Le film fut présenté en Décembre 1952 et l’énorme succès au box office réveilla le sommeil des studios Warner. qui s’empressa de mettre en chantier le somptueux “House of wax”v (L’homme au masque de cire) avec Vincent Price. Filmé en Natural Vision avec le système” Anaglyphe” (lunette rouge bleu ouvert). On connaît la suite, Alfred Hitchcock réalisa “Dial for a murder” (Le crime était presque parfait) avec Ray Milland et Grace Kelly. Jack Arnold met en scène la même année en 1953, un très beau film de science-fiction : “It came from outer space” (Le météore de la nuit) avec John Agar et Barbara Rush.




Collection Eric Escofier
Collection Eric escofier
Collection Eric Escofier
Collection Eric escofier
Après le succès de ce film produit par l’Universal, personne ne se doutait qu’une nouvelle créature allait compléter la panoplie des grands monstres de l’Universal. Tout celà va commencer par un pur accident. Jack Arnold reçoit en l’occasion d’un prix lors de la cérémonie Academy Awards pour la réalisation d’un documentaire! Ce trophée à l’apparence peu esthétique atterrit sur le bureau de Jack Arnold convoitant ainsi l'attention de ses amis Jack Kewan, Bud Westmore et Chris Miller qui grâce à leur imagination, vont créer ce fameux “Gill man”, l’un des plus beaux monstres que l’Universal nous ai donné ! L’idée de base naît lorsque le producteur William Alland qui avait produit “Le météore de la nuit” entend par un de ses amis, une vague histoire au sujet d’un mythe où il était question d’une créature mi-homme, mi-poisson vivant dans les eaux troubles d’un lac d’Amazonie. Cela va constituer un excellent départ car nous sommes en 1954 et déjà le bestiaire de la science-fiction venait d’exploser à l’écran avec l’invasion des bébêtes géantes : “Les monstres attaquent la ville” de Gordon Douglas en 1953, “The beast from 20.000 fathoms” 1953 d’Eugène Lourié! Côté nippon, “Godzilla” d’Inoshiro Honda fait l'effet d’une bombe cinématographique. Donc William Alland avec la complicité de Jack Arnold décident de réaliser un film sur cette légende qui sera photographié en 3D.
Très vite Jack Kewan, Bud Westmore et Chris Muller se mettent au travail en accord avec la dessinatrice : Millicent Patrick qui contribue énormément à la production du film ! Une première ébauche est amenée devant William Alland,mais ce dernier la refuse : on a affublé le monstre d’une longue queue ²ce qui va entraîner une gêne lorsqu’il va se mouvoir dans l’eau ! Toute l’équipe se remet au travail et un mois après, notre créature a pris finalement forme pour un budget de 12.000$.
photo collection eric escofier
photo collection eric escofier
photo collection eric escofier
Entre-temps, les scénaristes Harry Essex et Arthur A. Ross ont écrit un scénario amenant les spectateurs à comprendre l’origine de l’homme et de son évolution. Pour incarner le rôle du monstre, Universal pense à engager Gleen Strange un cascadeur bien connu pour avoir jouer la créature du Baron Frankenstein dans “House of Frankenstein” (1944) et “House of Dracula” (1945 tous deux réalisés par Erle C. Kenton. Mais ce dernier refuse car il ne peut rester sous l’eau sans pouvoir respirer durant les 4 minutes imposées pour chaque prise de vie ! De plus Arnold est intransigeant, interdiction d’employer des bouteilles d’oxygène car on s'apercevra des bulles d’eau ! Arnold décide de s’adresser à un certain Ricou Browning (10 février 1930 - 27 février 2023) qui travaille dans les parcs d’attractions où il organise des spectacles sous-marins. Il a été en 1953, sacré champion olympique de natation en Floride. Convoqué par Jack Arnold à Wakulla Springs, il va époustoufler l’équipe technique grâce à sa formidable capacité de retenir sa respiration durant cinq minutes ! La, Browning va être mis dans les mains de Bob Dawn et de Robert responsables des effets spéciaux chez Universal. Agé de 30 ans, Ricou Browning va devenir le “monstre des années 50” en rentrant dans ce costume de mousse très léger.
Jack Arnold : “J’ai eu énormément d’affection pour cette créature que j’avais surnommée “Beastie” (grosse bête). Nous avons tourné toutes les scènes à Silver Springs en Floride et c’est lui qui a tout fait ! Lorsque à l’époque je cherchais quelqu’un pour ce rôle, en l’engageant je l’ai révélé et par la suite il est devenu scénariste, producteur et metteur en scène ! Avec lui, les séquences sous-marines ont été les plus impressionnantes! Je m’étais muni d’un équipement de plongée et d’un aéroflex protégé contre l’eau. Avec les cascadeurs (Julia Adams, Richard Carlson et Richard Denning furent doublés) et Ricou, nous sommes allés sous l’eau, car je devais leur expliquer ce que j'attendais d’eux ! Ricou était formidable ! Il pouvait retenir son souffle longtemps! Lorsqu’il était au bord de l’asphyxie, il nageait hors du champ vers un tuyau d’air que nous avions installé à partir d’une plate-forme. Il mettait le tuyau à l’intérieur de son masque, aspirait et revenait… C’était formidable ! Moi j’étais sous l’eau avec le caméraman et je le suivais. J’avais fait un plan où un panoramique de 180° avait été réalisé sur le dos de Julia Adams. On la voyait en silhouette, le soleil étant au-dessus de nos têtes, et Ricou nageait au-dessous d’elle ! Tout avait été organisé avant que nous plongions, puis filmé sous l'eau!”
Julia Adams 17 octobre 1926 - 3 février 2019
Richard Carlson 29 avril 1912 - 21 Novembre 1977
Richard Denning 27 mars 1914 - 11 octobre 1998
Ricou Browning 16 février 1930 - 20 février 20
Ben Chapman 25 décembre 1908- 7 juillet 1993
Pour les séquences dites terrestres, Jack Arnold engage un autre cascadeur du nom de Ben Chapman (29 octobre 1928 - 21 février 2008) qui avait débuté dans “Pagan story” aux côtés d’Eddy Williams. Cousin de l'acteur John Hall, Ben Chapman s’oriente vers les doublures notamment dans les westerns. Engagé avec un contrat de 300$ par semaine, il sera la deuxième créature lorsque celle-ci évoluera en dehors des eaux du lagon. Julia Adams sera doublée par la nageuse (19 décembre 1931- 19 janvier 2023). Elle fut aussi la doublure pour l’actrice Ester Williams.
Le casting du film est composé pour les deux protagonistes d’une part par Richard Carlson (29 avril 1912) qui avait tourné sous la direction de Jack Arnold dans “Le météore de la nuit”. Il débuta dans le fantastique avec Le mystère du château maudit” de G. Marshall en 1940. On le verra dans “La guerre des cerveaux “ de Byron Haskin en1968 suivi de “La vallée de Gwangi” de Jim O’Connoly en 1969. Il décède le 21 novembre 1977. Il incarne ici le docteur David Reed. Face à lui dans la peau du docteur Mark Williams, Richard Denning (27 mai 1914 - 11 octobre 1998). Il sera la vedette de quelques bonnes cuvées du film fantastique : “Creature with atom brain” d’Eward L. Cahn en 1955, “Le scorpion noir “ d’Edward Arnold en 1955, “Twice told tales” de Sydney Salkow en 1963. A la télévision il est connu pour avoir incarner le gouverneur Paul Jameson dans la série “Hawaï, police d’état”.
photo collection eric escofier
photo collection eric escofier
photo collection eric escofier
photo collection eric escofier
La belle de service n’est autre que la ravissante Julia Adams dont ce sera ici la seule incursion dans le cinéma fantastique. De son vrai nom Betty May Adams (17 octobre 1926 - 3 février 2019) elle travaille d’abord comme secrétaire avant d’entrer chez Universal où elle jouera une flopée de westerns de série B.
Si l’on en croit les dires des scientifiques, des métamorphoses humaines se seraient produites il y a des millénaires où certaines espèces de poissons auraient voulu vivre sur la terre… Tout comme dans “Tarantula” qu’il réalisera un an après , Jack Arnold nous plonge dès les premières minutes du film après cette explosion de l’ère préhistorique avec cette image choc du meurtre de la créature tout comme dans “Tarantula” où l’on nous présente un homme monstrueusement défiguré s’écrouler dans le désert !
Mais ici l’histoire quoique fantastique par l’aspect monstrueux de la créature va nous ramener vers le thème de King Kong : “la belle et la bête”. A travers le cours de l’histoire, une lutte âpre va s’engager non seulement pas envers la bête qui deviendra la cible de l’être humain, mais entre les protagonistes qui voit en ce futur tableau de chasse, une idéologie bien différente ! Prenons les cas du Docteur David Reed et du docteur Mark Williams, tous deux amoureux de la séduisante Kay Lawrence ! Pour le premier, cette découverte doit servir à la science tandis que l’autre est bien décidé à en faire un nouveau trophée de gloire personnelle ! Ce conflit existant entre les deux hommes aboutira à la mort de l’un deux !
Entre tout celà, il y a cette pauvre créature qui voit d’un mauvais œil l’arrivée de ces intrus dans son royaume personnel ! Vivant paisiblement, voilà qu’elle est dérangée, voire traquée et qu’elle devra se défendre pour sa survie à travers de très belles séquences sous-marines. La logique veut que le monstre soit attirée par la présence féminine nous amenant ainsi à cette fabuleuse séquence où Julia Adams vêtue d’un maillot de bain blanc évolue dans le bleu du lagon où à quelques mètres d’en dessous d’elle, la créature nage en répétant ses moindres gestes nous offrant un ballet soupoudré d’une pincée d’exotisme et d’un imprévisible amour ! Ce noble sentiment qu’elle éprouve l’amènera à enlever sa bien aimée mais à en payer le prix ! Traquée jusqu’à son repaire, elle tombera sous les balles et ira agoniser dans son royaume ! Une fin tragique qui se laissait attendre, car il faut malheureusement une morale…
60 mètres super 8mm en muet ou en sonore 8 mm et 16 mm édité chez Castle Films
condensé 16
fin des années 70, Universal Eight édite un nouveau collector....
120 mètres super 8mm Sonore version relief vendu avec deux paires de lunettes
D’une pure réussite, “L’étrange créature du lac noir” rend la part belle au mythe de la belle et de la bête où le côté fantastique est dominé par la poésie et l’érotisme qui en ressort de cette histoire fantastique ! Nul n'oubliera ce “gill man” (l’homme branchie) au corps asexué, à ses mains griffues, a ses luisantes écailles qui feront de lui, l’un des plus beaux monstres imaginés grâce à Bud Westmore et à son équipe. Jack Arnold réalise une pure merveille laissant place à une séquelle l’année suivante en 1955.
extrait du film
ERIC ESCOFIER
Articles similaires

THE BLACK SLEEP
Réalisateur autrichien, Réginald Leborg (11 décembre 1902 - 25 mars 1969) débute sa carrière en 1936 avec “Swing Bandety” dont il écrit le scénario. Mais c’est en travaillant pour Universal que Réginald Leborg connaîtra une certaine notoriété, surtout lorsqu’il fera jouer Lon Chaney Junior dans la série “Inner Sanctum” : “Calling Dr death” (1943), “Weird woman” (1944) et “Dead man eyes” (1944).

X THE MAN WITH X RAY EYES
Roger Corman me fait penser à Terence Fisher (toutes proportions gardées) lorsqu’il se met au service de la science-fiction . Il est vrai que ce sujet, il l’avait abordé durant les années 50 en signant des nanars de première....

FRANKENSTEIN 1970
En 1958, les Etats Unis endurent une crise cinématographique dans l’univers du fantastique. Le Royaume Uni est en plein effervescence avec le déferlement des .....